Alabama d’Alexis Arend

couverture alabama Alexis Arend

Pépite

5 / 5

  • Ségrégation raciale
  • Roman noir
  • Amitié fraternelle
  • Policier historique
  • Drame
  • Nombre de pages: 296 pages
  • Paru en: 2020

Ce que j’en pense

Je suis dévastée. Ce livre est une bombe émotionnelle. Il est bouleversant, révoltant, d’une sensibilité et d’une finesse absolues. Il donne une voix à ceux que l’histoire a trop souvent réduits au silence, du côté noir certes mais aussi blanc. Il ne raconte pas seulement une histoire : il la fait vivre, la fait ressentir au plus profond de soi, de son cœur.

Dès les premières pages, une tension nerveuse et un suspense s’installent. Grâce à une double temporalité maîtrisée, je suis passée du présent au passé, entre Will, découvrant les secrets enfouis de sa famille, et cette ferme, huis clos étouffant où tout s’est joué. À chaque chapitre, la pression monte, l’émotion grandit. On sait qu’un drame approche. On sait qu’à un moment tout va basculer. Mais on ne sait ni quand, ni comment, mais on se doute du pourquoi… Et on tourne les pages avec cette peur au ventre tout en étant incapable de lâcher ce livre. On espère que, même si on n’y croit pas.

Il y a une lumière au milieu de cette obscurité: l’amitié entre Trent et Toby. Forte, interdite, clandestine mais d’une beauté pure, simple et innocente. Elle naît de la lecture, du savoir, de cette transmission qui est le fil rouge de ce roman. Car c’est bien ça, le cœur du livre : la transmission. Celle des injustices, des traumas, des haines ancrées. Mais aussi celle du savoir, de l’éveil, de l’émancipation. Lire, comprendre, ne pas accepter aveuglément ce qu’on nous impose. Évoluer.

Et puis vient la fin avec cette explosion d’émotions que je redoutais autant que je l’attendais. Tout éclate, et on ne peut que pleurer toutes les larmes de son corps. C’est fort, c’est puissant, c’est violent. On pleure de cette beauté née de l’horreur.

En conclusion, un livre auto-édité mais qui est bien meilleur que certains pourtant … édités. Ses personnages sont d’une humanité et d’une puissance extraordinaire. Ils ne s’oublient pas. Ils marquent. Un livre et des personnages qui résonneront (très) longtemps en moi.

De quoi ça parle

« Que Dieu me pardonne, je détestais l’Alabama. Je le haïssais !
L’Alabama était le pays où toute la misère du monde avait choisi d’élire domicile. C’était le pays où se donnaient rendez-vous toutes les haines, toutes les iniquités, toutes les bassesses humaines. Aucune région du globe ne mettait un tel point d’honneur à annihiler la vie d’un homme, à le rabaisser, à lui faire courber l’échine jusqu’à le contraindre à ramper à terre, éreinté, vaincu.
Et, pour tous ceux dont le malheur était de ne pas avoir la peau claire, l’Alabama était tout cela aussi, en pire. Pour eux, il déployait tout son ignoble talent, il déchaînait toute sa noirceur contenue, toute sa dureté réfrénée. Oh oui ! Pour eux, l’Alabama se surpassait.
« Il n’y a rien de pire au monde, ni de plus éprouvant pour un homme, que d’être pauvre. Excepté le fait d’être un nègre, naturellement » , disait mon père.
Ô combien il avait raison ! »

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