Nulle part où revenir de Henry Wise

couverture Nulle part où revenir de Henry Wise

Prometteur

⭐️⭐️⭐️

  • Racisme
  • Sud des Etats-Unis
  • Meurtres
  • Drogue / Pauvreté
  • Roman noir
  • Nombre de pages: 544 pages
  • Paru en: 2025

Ce que j’en pense

Avec Nulle part où revenir, Henry Wise signe son premier roman et s’inscrit d’emblée dans la tradition du noir américain : un Sud poisseux, écrasé de chaleur, où se mêlent misère, drogue et violence. Tout est là pour installer une atmosphère oppressante, et de ce côté-là, le pari est plutôt réussi. On sent cette tension latente, nerveuse, qui plane tout au long du livre.

Et pourtant, malgré un cadre prometteur, j’ai eu du mal à être pleinement conquise. Certaines longueurs m’ont ennuyée, non pas des lenteurs immersives comme on en trouve parfois dans le roman noir, mais des passages qui tirent en longueur sans apporter grand-chose. Et puis, il y a ces scènes inutiles, notamment autour du mode opératoire du tueur, tellement excessives qu’elles m’ont laissée abasourdie. Plutôt que de renforcer la noirceur, elles m’ont fait lever les yeux au ciel.

Le vrai point faible reste pour moi le côté polar. L’enquête est mal ficelée, avec trop de facilités et pas assez de tension policière pour m’accrocher. C’est dommage, parce que le fond est là : les thématiques sont fortes, l’ambiance fonctionne, et il y a une vraie volonté de dénoncer. Mais cette faiblesse dans la construction a empêché le roman de tenir toutes ses promesses.

Reste que pour un premier livre, on sent le potentiel. Oui, il y a des maladresses, oui, il y a des lacunes, mais on devine aussi une plume qui pourrait prendre de l’ampleur. Et c’est précisément ce qui me rend curieuse de lire le prochain. Parce que si Henry Wise corrige les défauts de ce premier essai, le suivant pourrait être vraiment très bon.

En conclusion, Nulle part où revenir est un roman noir prometteur, mais encore brouillon. Une ambiance forte, des thèmes percutants, mais une intrigue qui manque de rigueur. Un livre qui se lit, mais qui laisse une impression mitigée. Disons que ce n’est pas un coup de cœur, mais plutôt une première étape intéressante vers, je l’espère, une œuvre plus aboutie à venir.

De quoi ça parle

Personne n’est innocent. 
Personne n’est libre. 
Personne n’est sacré. 
Après dix années passées à Richmond, Will Seems revient dans la petite ville où il a grandi, pour prendre un poste d’adjoint au shérif. Il y retrouve cette terre du sud de la Virginie hantée par l’histoire, celle des riches plantations de tabac et de l’esclavage, que le progrès semble avoir oublié. Dans ce paysage désolé, entre marais et maisons abandonnées, le temps semble en effet s’être arrêté, les fantômes sont partout. Et Will va bientôt devoir affronter ceux de son propre passé lorsqu’un de ses amis d’enfance est assassiné. Alors qu’un vieil homme est suspecté, la communauté noire de la région engage une détective privée, Bennico Watts, pour l’innocenter. Si celle-ci ne s’entend guère avec Will, leur enquête va les mener tous les deux vers le snakefoot, ce territoire marécageux où depuis toujours se réfugient les exclus et les dépossédés, et où cohabitent aujourd’hui les descendants d’esclaves et les white trash. Bientôt ils vont réaliser que pour élucider un crime, la compréhension du lieu importe parfois tout autant que le mobile.
Avec ce premier roman, Henry Wise s’installe d’emblée dans la cour des grands. S’il nous offre le portrait stupéfiant d’une Amérique rurale, où règnent toujours de vieux démons, exaltés par une situation économique misérable, il tend à l’universel par la puissance de son style et de sa vision. Avec un personnage principal complexe, dont tous les repères s’effondrent dans un pays qu’il ne reconnaît plus, porté par un suspense et une atmosphère qui évoquent True Detective, Wise nous donne un très grand livre à la beauté désespérée.

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