Lu par Feodor Atkine

Moins touchée que d’habitude
⭐️⭐️⭐️
- Enfance battue
- Pauvreté / Humanisme
- SDF / Solidarité
- Militantisme / Politique
- (Auto) Biographie
- Nombre de pages: 384
- Paru en: 2025
Ce que j’en pense
Je n’ai jamais lu Sorj Chalandon. Je l’ai toujours écouté. Et pour moi, sa voix est indissociable de celle de Féodor Atkine, qui le lit d’une manière absolument magistrale. Ce comédien apporte une dimension incroyable à ses mots, si bien qu’écouter Chalandon est devenu pour moi une expérience à part entière. Impossible de l’imaginer autrement.
Et pourtant, même si j’adore cet auteur, je dois avouer que Le Livre de Kells m’a un peu moins emportée que ses précédents romans. Bien sûr, il écrit toujours avec cette force, ce réalisme et cette sincérité qu’on lui connaît. Bien sûr, il a ce don rare de faire passer les émotions à travers ses mots, de rendre palpables les douleurs comme les espoirs. Mais cette fois, j’ai trouvé que quelque chose manquait.
Ce qui m’a dérangée, c’est l’équilibre. La politique, le militantisme prennent ici beaucoup trop de place par rapport à l’humain. Chalandon a toujours su mêler l’intime et le collectif, le personnel et le politique. Mais là, le curseur est allé trop loin du côté du politique. Résultat : l’émotion est bien là, mais moins vibrante, moins forte que dans ses autres livres. Il m’est arrivé de rester à distance, là où d’habitude je suis complètement happée.
Cela ne veut pas dire que le roman manque de qualités. J’ai beaucoup aimé l’évolution de Kells, sa maturité, son cheminement au fil des pages. Il y a de la profondeur dans son personnage, et Chalandon sait comme toujours lui donner une voix juste. Et puis, il ancre son récit dans les années 70, tout en y glissant une résonance très actuelle, presque brûlante. C’est ce regard-là qui rend la lecture encore pertinente aujourd’hui.
En conclusion, Le Livre de Kells reste un bon roman, puissant et engagé, mais pour moi, ce n’est clairement pas le plus marquant de l’auteur. J’y ai trouvé moins d’émotion, trop de militantisme, trop de politique. Chalandon garde sa plume et son talent, mais ce récit m’a moins touchée que d’habitude. Disons que je l’ai écouté avec intérêt, mais sans le coup de cœur que j’espérais.
De quoi ça parle
Le Livre de Kells est le douzième roman de Sorj Chalandon a puisé dans son expérience personnelle pour raconter un épisode de sa vie.
À 17 ans, après avoir quitté le lycée, Lyon et sa famille, il arrive à Paris où il va connaître, durant presque un an, la misère, la rue, le froid, la faim.
Ayant fui un père raciste et antisémite, il remonte l’existence sur le trottoir opposé à celui de ce Minotaure sous le nom de Kells, en référence à un Evangéliaire irlandais du IXème siècle. Des hommes et des femmes engagés vont un jour lui tendre une main fraternelle pour le sortir de la rue et l’accueillir, l’aimer, l’instruire et le réconcilier avec l’humanité.
Avec eux, il découvre un engagement politique fait de solidarité, de combats armés et d’espoirs mais aussi de dérapages et d’aveuglements. Jusqu’à ce que la mort brutale de l’un de ces militants, Pierre Overney, pousse La Gauche Prolétarienne à se dissoudre.
Certains ne s’en remettront jamais, d’autres chercheront une issue différente à leur combat.
Ce fut le cas pour l’auteur, qui rejoignit « Libération » en septembre 1973.
Le livre de Kells est une aventure personnelle, mais aussi l’histoire d’une jeunesse engagée et d’une époque violente. Sorj Chalandon a changé des patronymes, quelques faits, bousculé parfois une temporalité trop personnelle, pour en faire un roman. La vérité vraie, protégée par une fiction appropriée…
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