
Frustrée
⭐️⭐️
- Esclavagisme
- Héritage
- Esprits
- Roman historique
- Nouvelle-Orléans
- 240 pages
- Paru en: 2025
Ce que j’en pense
Je pensais sincèrement avoir trouvé le roman qui allait me bouleverser. Le thème me parlait immédiatement : l’esclavagisme, la mémoire, les héritages familiaux, tout ce que la littérature peut transmettre quand elle ose s’attaquer à des sujets aussi lourds et essentiels. Et puis l’ambiance, la Nouvelle-Orléans, la promesse d’un récit ancré dans une histoire forte, douloureuse, universelle. Tout laissait présager une lecture marquante, un coup de cœur évident.
Mais la réalité a été tout autre. J’ai eu l’impression de me heurter à une barrière dès les premières pages. Le style est saturé, alambiqué, noyé sous une avalanche de poésie et de lyrisme. Bien sûr, c’est beau sur le papier, mais trop de beauté finit par étouffer l’émotion brute. Ici, l’onirisme, le mysticisme et les métaphores s’accumulent jusqu’à prendre le pas sur l’histoire elle-même. À force de chercher derrière chaque phrase un sens caché, j’en ai oublié de ressentir.
Et c’est là le paradoxe : je cherchais une émotion immédiate, viscérale, et je me suis retrouvée dans une lecture cérébrale, presque laborieuse. Plutôt que d’être happée par la douleur ou la colère, j’ai passé mon temps à décoder, à lire entre les lignes, à tenter de comprendre ce qui était dit, ou pire, ce qui était tu. Le livre m’a tenue à distance là où il aurait dû me percuter de plein fouet.
En conclusion, c’est frustrant, parce que tout y est : le fond, le décor, les personnages, l’ambition. Mais pour moi, la forme a fini par écraser le fond. Je sais que ce style plaira à certains lecteurs, qu’ils y verront une richesse, une densité, une profondeur littéraire. Moi, j’y ai surtout vu un voile trop épais, qui a masqué la force du récit et qui a amoindri les émotions. Dommage, vraiment dommage, parce que le thème méritait mieux que d’être enseveli sous autant de lyrisme.
De quoi ça parle
Annis est encore une enfant quand sa mère est vendue à un autre propriétaire. Et n’est guère plus âgée quand son maître, qui est aussi l’homme qui a violé sa mère, se débarrasse d’elle avec d’autres esclaves.
Lors de leur terrible marche vers les plantations de La Nouvelle-Orléans, Annis tente de se raccrocher à la vie et aux enseignements de sa mère : se battre, toujours, avec les armes et les sagesses qu’elle lui a transmises. Avec la mémoire aussi, celle de ces femmes qui, avant d’être arrachées à leur terre, ont été les guerrières des rois du Dahomey. Et avec la seule force qui lui reste, sa connaissance des plantes, des abeilles, de cette nature qui semble si hostile aux yeux des Blancs et qui pourtant est nourricière pour qui l’honore.
Et puis, quand Annis se sent sombrer, elle peut encore implorer Aza, l’esprit de sa grand-mère, capable de faire gronder l’orage et tomber la pluie. Celle qui, quand la faim et la douleur se font trop fortes, lui murmure qu’un jour, elle et ses frères et sœurs de malheur seront tempête…
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