couverture 
Kolkhoze d'Emmanuel Carrère

Magnifique découverte

4,5 / 5

  • (Auto) Biographie
  • Fresque familiale
  • Roman historique
  • Russie / URSS / Ukraine / Géorgie
  • Témoignage
  • Nombre de pages: 560 pages
  • Paru en: 2025

Ce que j’en pense

Il y a des livres, comme celui-ci, qui ne me donnaient pas envie. Une couverture très quelconque, un résumé qui ne m’attirait pas plus que ça. Et pourtant, dès les premières pages, j’ai su que ce serait une lecture marquante et bouleversante, sans jamais perdre sa dignité.

Je ne l’ai pas lu, je l’ai écouté. Et le comédien qui le lit est extraordinaire. Il adopte exactement le ton qu’il faut, celui de la pudeur, de la sincérité et de la tendresse. On n’écoute pas un texte, on écoute un homme raconter son histoire. J’avais l’impression d’être assise près d’un feu, un chocolat chaud à la main, pendant qu’un ami me confiait sa vie.

Kolkhoze est bien plus qu’un récit familial. C’est une confession. Celle d’un fils envers sa mère (j’ai pensé alors à Romain Gary), mais aussi envers tous ses aïeux. Emmanuel Carrère s’y dévoile sans filtre, sans fausse pudeur, sans complaisance. Il rend hommage aux siens, même ceux aux passés troublés, sans chercher à les justifier. Il assume. Tout. C’est courageux, honnête, profondément humain.

Ce qui m’a particulièrement touchée, ce sont ces petits pics qu’il envoie, ceux qu’on se lance entre proches, quand l’amour permet tout. Ces anecdotes de famille, tendres ou drôles, rendent le récit vivant et vibrant. Le temps de la lecture, on a vraiment l’impression de faire partie de cette famille, de partager leur histoire et leur intimité.

Et au-delà du passé, il parle aussi de lui, de ses fêlures, de ses traumatismes d’enfance, de cette lucidité parfois douloureuse qui le pousse à tout dire, à tout regarder en face. C’est intime, sensible, bouleversant.

Ce livre n’a pas besoin de suspense ni d’action, on y revient simplement pour retrouver cette voix, cette chaleur, cette vérité. C’est un texte qui se ressent. Et même si, vers les trois quarts, l’auteur s’aventure un peu trop dans le politique pour moi (même si tou est justifié et logique), ce léger détour ne gâche rien à l’émotion générale.

Et pour moi, c’était une découverte. Je n’avais encore jamais lu Emmanuel Carrère, et j’ai été fascinée par sa plume, par ce style à la fois intimiste et beau, sincère et pudique, d’une justesse rare.

En conclusion, Kolkhoze est une découverte non seulement d’un livre d’une grande beauté, à la fois confession familiale et introspection personnelle, mais aussi d’un auteur. Un récit sincère, digne, lucide et profondément humain (même avec les passages de mauvaise foi complètement assumé), qui passe à deux millimètres du coup de cœur.

De quoi ça parle

« Cette nuit-là, rassemblés tous les trois autour de notre mère, nous avons pour la dernière fois fait kolkhoze. »
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, un jeune bourgeois bordelais rencontre Hélène Zourabichbvili, la fille d’une aristocrate germano-russe ruinée et d’un Géorgien bipolaire disparu à la Libération. Après le mariage, la jeune femme prend le nom de Carrère d’Encausse puis devient une spécialiste internationalement reconnue de la Russie et secrétaire perpétuelle de l’Académie française.

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