
Manipulateur
4 / 5
- Procès
- Ordre du Temple Solaire (OTS)
- Huis-clos
- Manipulations
- Montagnes
- Nombre de pages: 336 pages
- Paru en: 2025
Ce que j’en pense
J’ai refermé ce livre avec cette impression étrange d’avoir lu un Nicolas Feuz différent, plus lent peut-être, mais tout aussi maîtrisé.
Ce qui m’a d’abord accrochée, c’est la double temporalité avec d’un côté, le passé, inspiré de la véritable histoire de la secte de l’Ordre du Temple solaire (les noms changent, mais tout sonne terriblement vrai) et de l’autre, un huis clos contemporain, purement fictif. Deux histoires qui semblent n’avoir aucun lien, et pourtant on sent qu’elles se répondent. Et comme souvent avec Nicolas Feuz, il nous livre les indices au compte-gouttes, nous pousse à créer nous-mêmes les liens. C’est exactement ce que j’aime dans son écriture.
Le rythme n’est pas effréné, mais posé et constant. La tension monte doucement, sans relâche. Ce huis clos, dans une maison isolée au cœur des montagnes, coupée du monde par la neige, fonctionne à merveille. On ressent l’enfermement, la méfiance, le danger. Et plus les chapitres passent, plus tout se complexifie avant enfin de s’éclairer. C’est extrêmement bien construit.
J’ai aussi trouvé le style plus sobre que d’habitude, moins brutal, plus posé, mais toujours aussi efficace. L’ambiance est glaciale, parfaitement en phase avec le décor. Et j’ai adoré le clin d’œil complètement assumé (et même revendiqué) à Agatha Christie, avec cette mécanique de huis clos qui rappelle « Ils étaient dix », mais modernisée à la manière de l’auteur.
Les personnages, eux, sont tous extrêmes, chacun dans sa folie, ses convictions ou ses blessures. Pas toujours faciles à aimer au début, mais tous passionnants à suivre. Mais au fur et à mesure des révélations, on s’y attache . On y retrouve Anna, qu’on avait découverte dans le roman précédent, et j’ai aimé ce petit clin d’œil. Pas besoin d’avoir lu l’autre, le livre se lit très bien seul.
Et sans rien révéler, je peux dire que le côté psychologique des personnages (et d’un personnage en particulier) est très bien travaillé. C’est même là que le roman prend toute sa profondeur. Et, au-delà du suspense, ce qui m’a touchée, c’est que ce livre est aussi un roman profondément humain. Derrière la tension et la peur, il y a des questions sur la foi, la manipulation, le besoin de croire et la fragilité humaine.
En conclusion, La Secte est un livre presque double avec une partie quasi documentaire, et un huis clos glacial et parfaitement maîtrisé, moins spectaculaire que d’autres romans de cet auteur, mais plus intime, plus réfléchi, peut-être plus mature, instructif, et tout aussi dérangeant.
De quoi ça parle
Dans les Alpes suisses, un stage de remise en forme vire au cauchemar
Entre 1994 et 1997, l’Ordre du Temple Solaire (OTS) a cumulé 74 victimes dont l’âge variait entre 3 mois et 79 ans, dans des massacres perpétrés au Québec, en Suisse et en France. Suite aux événements du Vercors survenus en décembre 1995, un rapport d’enquête parlementaire français classa l’OTS comme secte.
Trente ans plus tard, six personnes, dont l’inspectrice genevoise Ana Bartomeu (Le Philatéliste), se retrouvent coincées dans un refuge de haute montagne, dans les Alpes valaisannes, en pleine tempête de neige, sans réseau téléphonique ni Wifi. Ce qui leur a été présenté comme un stage de remise en forme tourne au cauchemar. Les décès suspects se succèdent. Derrière cette série de suicides inexpliqués plane une ombre : celle de l’étoile Sirius. Et de l’OTS.
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