De femme et d’acier de Cécile Chabaud

Coup de cœur

5 / 5

  • Médecine
  • Première Guerre Mondiale
  • Biographie
  • Roman historique
  • Féministe
  • Nombre de pages: 240 pages
  • Paru en: 2024

Ce que j’en pense

Il y a des livres que les réseaux sociaux ne montrent pas.
Il y a des femmes que l’Histoire a oubliées.
Et ce livre, presque passé inaperçu, rend hommage à une de ces femmes.
Cette femme, c’est Nicole Girard-Mangin.


Ce livre m’a époustouflée tant par son fond que par sa forme. Un petit livre de même pas 300 pages, mais aux émotions énormes. Je vous mets au défi de ne pas le finir, le cœur et la gorge serrés.


J’ai aimé cette femme. Sa détermination, sa volonté, son altruisme, son abnégation, son courage, son amour pour son prochain et surtout « ses typhiques et ses mille poilus« .


Car si, comme moi, vous ne connaissiez pas cette femme, sachez qu’elle a été la seule femme médecin du front pendant la Première Guerre Mondiale. D’abord spécialisée en médecine des maladies contagieuses, elle est devenue chirurgienne avant de revenir à sa première spécialité avec la grippe espagnole.


À travers son parcours, on (re)vit cette Première Guerre mondiale sous un autre angle, avec des yeux jusqu’ici restés clos. J’ai « adoré » apprendre de nouvelles choses sur cette période, avoir un autre point de vue. Mais plus que cette guerre, ce livre retrace, sur fond de médecine, l’histoire de la place de la femme, de ses droits, de sa légitimité. C’est un pur livre de féminisme, mais de celui qui se bat pour des causes justes et réelles.


Et l’autrice, au travers du destin de cette Femme, rend hommage à toutes les femmes de cette génération. Edith Cavell, Marie Curie et j’en passe : que l’Histoire ait retenu leurs noms ou qu’elles soient d’illustres inconnues, toutes ces femmes ont fait l’Histoire, mais aussi à tous ces oubliés de la Grande Guerre, ces poilus, ces victimes, ces massacrés.


Je ne peux pas ne pas citer quelques passages, tellement ils sont beaux, poignants, tellement ils m’ont remuée de l’intérieur. L’autrice n’utilise pas forcément beaucoup de mots, mais ils sonnent tous justes.

«  Etienne, un homme qui a combattu a droit à tous ces honneurs. Ne t’attarde jamais sur la laideur des cicatrices. Cette laideur t’offre la liberté. Ne la critique pas et ne laisse personne la critiquer.« 


« (…) plus tard, de siècle en siècle, nous tomberons dans l’oubli et ne serons que quelques mots et quelques chiffres dans un livre d’histoire.« 


« Et par endroits, saturé d’ossements, le sol recrache l’humanité qu’il dédaigne. Aucun marbre ! Aucun mausolée ! Des fosses presque communes pour tous ! Voilà la gloire qu’ils ont gagnée !« 


« Je ne vous flatterai pas, ma chère. Je déteste la flagornerie. Mais ne doutez jamais que ce sont des femmes comme vous qui font avancer la cause des femmes. Et celle des hommes d’ailleurs, car nos mentalités et nos vies sont liées, n’en déplaise à certaines fanatiques.« 


« A-t-il été décoré pour avoir immolé son visage au profit d’une cause aussi absurde ?« 


« Bélagnon riait, son voisin se mit à rire, et tous les hommes rirent à leur tour. Et c’était à la fois magique et terrifiant, de voir ces monstres sublimes, défigurés à jamais pour avoir fait leur devoir. Ils riaient, ils bavaient, ils éructaient, certains avaient mal de rire, car leur visage déformé ne le pouvait plus. Il y avait de l’enfer et du paradis dans cette salle hilare.« 


Ce que ce livre montre surtout, c’est l’incroyable altruisme de Nicole Girard-Mangin. Elle ne cherchait pas la gloire personnelle ni à ce que son nom soit seul retenu par l’Histoire. Son véritable objectif était de sauver les malades et de faire avancer la cause des femmes dans son ensemble, de défendre un combat collectif bien plus grand que sa seule personne. C’est cette humilité et cette force partagée entre les femmes de sa génération que l’autrice valorise avec une écriture simple mais profondément touchante.

En conclusion, un coup de cour historique et humain. Je ne peux rien rajouter de plus. A lire absolument, que ce soit pour le côté historique ou pour le côté féministe !

De quoi ça parle

5 juin 1919. Alors que la nuit tombe, le docteur Nicole Mangin, 40 ans, tente de trouver le sommeil et se remémore les moments forts de son existence. 
Spécialiste de la lutte contre les maladies contagieuses et le cancer, elle se souvient surtout du front de Verdun, où elle a été mobilisée par erreur. 
C’est parmi les poilus, sous les bombardements, dans des hôpitaux militaires et des installations de fortune, qu’elle écrira son destin. 
Amie de Marie Curie, féministe courageuse confrontée à la dureté de la guerre et à la misogynie, Nicole se rappelle aussi ses fêlures de femme. Car, plus que quiconque, elle le sait : c’est de la douleur intime que naît le dépassement de soi. 
Par ce roman, Cécile Chabaud rend hommage à l’unique femme médecin française de la Grande Guerre.

Nicole Girard-Mangin et sa fidèle Dun (Ver-Dun)

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