James de Percival Everett

Effarant … pour que plus jamais ça !

5 / 5

  • Esclavage
  • Etats-Unis
  • Roman historique
  • Famille
  • Liberté
  • Nombre de pages: 288 pages
  • Paru en: 2025

Ce que j’en pense

Je confesse avoir commencé ce livre avec une certaine réserve. Je n’avais pas accroché à son précédent roman, Châtiment, donc ce fut une double surprise. Non seulement James m’a captivée, mais il n’a strictement rien à voir avec son dernier.

Sincèrement, on ne peut qu’être profondément immergé dans cette (sur)vie de Jim, cet homme noir réduit en esclavage. On traverse avec lui des expériences qui nous paraissent complètement lunaires aujourd’hui, mais qui, malheureusement, étaient la réalité de l’époque. Comment était-il concevable que… que tout cela puisse exister ? Et pour celles et ceux qui l’ont lu, comment imaginer, même dans nos pires cauchemars, ce lieu à la fin ?

Et le plus choquant (mais aussi le plus bouleversant), c’est que, malgré tout, à travers les yeux et la voix de Jim, on ne perd jamais notre humanité. Même quand …

J’ai découvert ensuite que Percival Everett s’était largement inspiré du roman de Mark Twain Les Aventures d’Huckleberry Finn. Je ne peux pas juger de ce lien, ne connaissant pas l’œuvre originale. Mais James se suffit à lui-même, c’est un récit magnifique, traversé à la fois par l’horreur physique et par une incroyable beauté morale. Et ce retournement de situation au milieu… je ne l’avais pas vu venir mais m’a profondément touchée. Impossible de rester indifférent. On ne peut pas détourner le regard, ni même le baisser. Jim est un homme droit, habité par un seul but, survivre pour lui et pour les siens. Un homme d’une sagesse rare, plein de secrets qu’il dévoile peu à peu et qui nous broient le cœur au fur et à mesure. Car derrière la souffrance physique, il y a aussi la douleur morale, celle des liens du sang, des attachements, des pertes. Percival Everett écrit avec une puissance incroyable, sans jamais tomber dans le pathos. Sa langue (enfin cette double langue) est précise, cinglante parfois, mais toujours empreinte de pudeur et d’émotion.

Ce que j’ai trouvé particulièrement fort, c’est la manière dont l’auteur inverse le regard. Il ne raconte pas l’esclavage depuis le point de vue d’une victime, mais à travers celui d’un homme qui refuse d’être défini par sa condition. Jim lit, écrit, pense, analyse, observe, ironise même parfois. Il (re)prend le contrôle de son histoire, et c’est peut-être ça, la plus belle revanche, être vu enfin comme un être humain, pensant et libre dans sa tête, malgré sa condition d’homme noir dans une société qui refuse de le reconnaître comme … un humain !

En conclusion, un livre qui m’a profondément chamboulée. Un roman qui devrait être lu par tous, partout, pour que plus jamais ça. Pour que plus jamais des hommes soient réduits à l’esclavage, parce que, malgré nos œillères, cela existe encore…

De quoi ça parle

« Ces gamins blancs, Huck et Tom, m’observaient. Ils imaginaient toujours des jeux dans lesquels j’étais soit le méchant soit une proie, mais à coup sûr leur jouet. […] On gagne toujours à donner aux Blancs ce qu’ils veulent. »
Qui est James ? Le jeune esclave illettré qui a fui la plantation ? Ou cet homme cultivé et plein d’humour qui se joue des Blancs ? Percival Everett transforme le personnage de Jim créé par Mark Twain, dans son roman Huckleberry Finn , en un héros inoubliable.
James prétend souvent ne rien savoir, ne rien comprendre ; en réalité, il maîtrise la langue et la pensée comme personne. Ce grand roman d’aventures, porté par les flots tourmentés du Mississippi, pose un regard incisif entièrement neuf sur la question du racisme. Mais James est surtout l’histoire déchirante d’un homme qui tente de choisir son destin.

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