Les éclats de Bret Easton Ellis

Anxiogène et envoûtant

4,5 / 5

  • Années 80
  • Homosexualité
  • Sexe / drogue
  • Tueur en série
  • Los Angeles
  • Nombre de pages: 616 pages
  • Paru en: 2023

Ce que j’en pense

Ce livre a été pour moi une vraie découverte, aussi bien de l’écrivain que du scénariste, n’ayant ni lu ni vu American Psycho ni aucun autre livre / film … et punaise, quelle claque !

J’ai adoré ce rythme qui semble lent au début, mais qui en fait nous prend complètement. Les personnages sont fouillés, ce sont eux qu’on suit avant tout, plus que les actions… même si à la fin, tout ce qu’on croyait comprendre est complètement boulversé. Punaise, non mais cette fin 😱

J’ai aussi beaucoup aimé le style cru, mais jamais vulgaire. Oui, un chat est appelé un chat (ou plutôt 🍆, 🍑, 🐈‍⬛), et même s’il y a quelques scènes un peu olé olé, on ne tombe jamais dans le voyeurisme ou le salace. Tout a un sens, tout sert à installer cette ambiance tendue, presque étouffante, où le tueur rôde. Qui est-il ? Est-ce Robert ou pas ?

Et ce qui est vraiment fort, c’est la manière dont tout ça est amené. L’auteur brouille la frontière entre ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. On ne sait jamais si ce que raconte Bret adolescent est vraiment arrivé ou s’il le réinvente avec les souvenirs et le recul de l’adulte. Cette ambiguïté rend le roman encore plus prenant.

Son écriture est d’ailleurs hyper visuelle. On a l’impression de regarder un film: les scènes s’enchaînent comme des plans, les dialogues claquent, tout est hyper vivant. On sent clairement le réalisateur derrière l’auteur.

Et au-delà du suspense, il y a tout un fond social. L’homosexualité dans les années 80, la découverte de soi, les mensonges, la peur du regard des autres, la solitude voulue ou imposée… Comment être soi quand il faut se cacher ? Quand il faut jouer un rôle? Quand on grandit seul, sans vrai repère ? Derrière les apparences parfaites se cachent des souffrances énormes, et on ressent toute la douleur de ce gamin que Bret regarde aujourd’hui avec tendresse et lucidité.

Et puis il y a cette époque des années 80. La musique, la drogue, la frime, les faux-semblants d’une jeunesse dorée qui se perd dans ses excès. Bret la raconte avec autant de nostalgie que de lucidité. Il aime cette époque, mais il en montre aussi toute la noirceur.

En conclusion, ne vous attendez pas à un polar haletant, mais à un roman à suspense, à l’ambiance lourde, anxiogène et envoûtante. C’est prenant, c’est fort, c’est addictif. Et franchement, c’est aussi bien visuel que littéraire.

De quoi ça parle

Los Angeles, 1981. Bret, dix-sept ans, plongé dans l’écriture de Moins que zéro, entre en terminale au lycée privé de Buckley. Avec Thom, Susan et Debbie, sa petite amie, il expérimente les rites de passage à l’âge adulte : alcool, drogue, sexe et jeux de dupes. 
L’arrivée d’un nouvel élève fait voler leurs mensonges en éclats. Beau, charismatique, Robert Mallory a un secret. Et ce secret pourrait le lier au Trawler, un tueur en série qui sévit dans les parages. Terrorisé par toutes sortes d’obsessions, Bret se met à suivre Robert. Mais peut-il se fier à son imagination paranoïaque pour affronter un danger menaçant ses amis et lui-même, et peut-être la ville et le pays entier ? 

Dans White, son livre précédent, Ellis écrivait :  » Je grandissais au pied des collines de Sherman Oaks, mais juste au-dessous s’étendait la zone grisâtre du dysfonctionnement extrême. Je l’ai perçu à un âge très précoce et je m’en suis détourné en comprenant une chose : j’étais seul.  » Les Éclats est le roman de ce détournement et de cette solitude.

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