
Lecture à deux vitesses
4,5 / 5
- Roman de terroir
- Roman historique
- Début XX siècle
- Humaniste et pacifiste
- France / Allemagne
- Nombre de pages: 352 pages / 11h 30 d’écoute
- Paru en: 1998
Ce que j’en pense
J’ai adoré ce livre en version audio. Par contre, je n’aurais probablement pas eu le même ressenti en lecture classique. Disons qu’il faut du temps pour vraiment rentrer dedans, et je ne lui aurais peut-être pas laissé sa chance.
Je ne connaissais ni l’auteur ni le titre ; je l’ai découvert par hasard à la bibliothèque, n’ayant lu du résumé que « le retour d’un prisonnier après la Première Guerre mondiale ». Et comme souvent avec les trouvailles inattendues, ce fut une excellente surprise, justement parce que je n’en attendais rien.
Alors clairement, ce livre (quel que soit son support) ne plaira pas à tout le monde. C’est un pur roman de terroir, avec un fond historique mais avec l’Humain au premier plan. C’est la vie d’un homme simple, bègue, gaucher, laboureur, devenu Auvergnat, né après la guerre franco-prussienne, devenu poilu, prisonnier de guerre, puis témoin de la débâcle de 1940. Une vie simple en apparence, mais remplie de mille existences : victime tour à tour des croyances, de la politique, de la justice… Et malgré tout cela, il avance avec un cœur énorme, mais d’une humilité désarmante.
Jamais un mot de pathos, jamais une plainte. La vie paysanne est mise à l’honneur. Vie paysanne française, oui, mais aussi allemande. Et dans ce début de XXᵉ siècle où Français et Allemands sont censés se haïr, l’auteur pose de vraies questions : les hommes sont-ils si différents au fond ? Un poilu français souffre-t-il plus qu’un poilu allemand ? Les deux ne meurent-ils pas au même front ? Les vaches, les moutons, le quotidien… y a-t-il vraiment deux mondes ?
Ce qui m’a profondément marquée aussi, c’est ce contraste permanent entre naïveté et dureté. Le héros garde un regard presque candide sur ce qui lui arrive, alors qu’il traverse des épreuves d’une violence inouïe. Cette innocence face à l’horreur rend tout encore plus poignant. Et Anglade joue énormément là-dessus : il dit peu, mais il dit tout. Le non-dit raconte autant que les mots, parfois même plus, et c’est une des forces du roman.
Impossible aussi de ne pas évoquer le narrateur audio, Alain Lawrence, qui joue cette comédie tragique à la perfection : les accents, l’humour, les silences… tout est juste. Il donne vie au texte tout en restant en retrait, et ça sublime vraiment le récit.
Le livre offre aussi des passages magnifiques avec le serment d’un prêtre catholique sur notre fraternité religieuse avec les juifs, ou encore une réflexion simple mais puissante sur l’appartenance à la terre.
C’est un roman profondément pacifiste et humaniste, loin des codes modernes, pas pressé, pas spectaculaire, mais terriblement actuel. Est-ce que l’Homme pourra un jour vivre en paix en acceptant la différence ? Voilà la vraie question.
En conclusion, une lecture à deux vitesses, celle des mots bruts et celle des idées derrière les mots, qu’on reçoit presque comme une méditation. le genre de livre qui, une fois finit, continue de vous trotter dans la tête et nous fait méditer …
De quoi ça parle
En 1925, Maurice Poudevigne revient dans son village, près de Saugues en haute Loire, après trois ans de captivité en Allemagne et six années d’errance. Il lit son nom sur le monument aux morts. Pourquoi ses six ans de retard sur la paix ? On le découvrira peu à peu. Quel est le secret de cet homme, qui, chaque été, montait faucher les prairies du Cézallier dans le département voisin ? Pourquoi une telle crainte d’avoir à expliquer sa capture devant les autorités militaires françaises ? Il y a aussi les raisons du cœur : Erika la fille du scieur de la Forêt noire…
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